Triste anniversaire pour la Prix Nobel de la paix, qui vient de fêter son soixantième anniversaire, et toujours assignée en résidence, vivant dans l'isolement complet.
La prix Nobel de la paix totalise une dizaine d'années de privation de liberté depuis qu'elle a entamé son combat en faveur de la démocratie, en 1988. Elle vit dans un quasi-isolement. « Des soldats armés postés derrière une barricade de barbelés détournent chaque visiteur à l'entrée de chacune des rues qui conduisent chez elle, déclare l'organisation Info-Birmanie. Le régime maintient sa ligne téléphonique coupée. » Personne ne peut plus communiquer avec elle depuis le 30 mai 2003. À cette date, la junte militaire a tenté de l'assassiner lors de l'attaque de son convoi à Depayin, qui a fait plus de 100 morts. La secrétaire générale de la Ligue nationale pour la démocratie a été arrêtée et détenue au secret soi-disant « pour assurer sa sécurité ». Elle est réapparue quatre mois plus tard pour une opération chirurgicale. Mais tout contact avec ses amis est rompu. « Le Conseil d'État pour la paix et le développement s'acharne depuis quinze ans à isoler Aung San Suu Kyi. Les généraux veulent que le monde l'oublie », estime Info-Birmanie. « Elle représente la menace principale au régime militaire, et les craintes pour sa sécurité redoublent depuis l'interdiction de visite hebdomadaire infligée à son médecin personnel et les attentats du 7 mai 2005. »
À l'occasion de son soixantième anniversaire, les appels se sont multipliés pour demander sa libération. Dans une déclaration publiée au sommet de Bruxelles, l'Union européenne a demandé aux autorités birmanes « de la libérer immédiatement », de même que « tous les autres prisonniers politiques ».
Un appel intitulé « Notre liberté doit servir la sienne » a été publié ce week-end dans la presse internationale, signé de très nombreuses personnalités. Parmi les signataires, tous docteurs honoris causa de l'université catholique de Louvain, en Belgique, comme Mme Suu Kyi, figurent la procureure du Tribunal pénal international pour l'ex-Yougoslavie, Carla Del Ponte, les écrivains Michel Serres et Aamin Malouf, ou le cinéaste Wim Wenders. Ils recommandent « trois mesures concrètes : des sanctions économiques (contre la Birmanie), une intervention du Conseil de sécurité de l'ONU et une plus grande vigilance de la part de l'Association des nations du Sud-Est asiatique (ASEAN) ».